La pandémie de COVID-19 a mis en lumière des lacunes du système de santé et des programmes sociaux du Canada, qui existent depuis de nombreuses années. Au cours de cette période, trop de Canadiens sont passés entre les mailles du filet, que ce soit en raison de l’absence d’un régime d’assurance-médicaments pendant une mise à pied prolongée, de la perte d’un être cher dans un établissement de soins de longue durée en raison d’une protection inadéquate et de l’insuffisance des effectifs, ou en raison des options limitées en matière de services de garde.

Le gouvernement fédéral doit tirer des leçons de cette crise et rebâtir en mieux. Pour ce faire, il doit prendre des mesures audacieuses afin d’assurer une relance vigoureuse après la pandémie de COVID-19 et d’établir sur des bases solides un système de soutien pour les travailleuses et travailleurs et les familles du Canada.

Vision d’Unifor

En collaboration avec les provinces et les territoires, le Canada doit faire des investissements à long terme dans l’infrastructure sociale afin d’offrir des services publics de qualité accessibles à tous, de créer de bons emplois sécuritaires et d’assurer la prospérité économique du pays.

L’infrastructure sociale est un élément essentiel de l’économie de soins du Canada, une économie qui favorise une meilleure qualité de vie pour les Canadiens, et qui comprend : un programme universel d’assurance-médicaments rendant les médicaments plus accessibles et abordables; des soins de longue durée accessibles et de grande qualité permettant à nos aînés de vivre dans la dignité; et un système universel de services de garde d’enfants qui profite aux familles, aux travailleuses et travailleurs et à l’économie dans son ensemble.

Le prochain gouvernement fédéral peut soutenir les familles canadiennes et les travailleuses et travailleurs de la santé et des services de garde d’enfants en :

  • annonçant immédiatement des engagements de financement pour un régime national d’assurance-médicaments complet, universel, accessible et transférable, ainsi que la liste des médicaments couverts par un régime d’assurance-médicaments;
  • travaillant en partenariat avec les provinces et les territoires pour mettre en place des normes minimales de soins quotidiens dans les établissements de soins de longue durée, ainsi qu’une stratégie globale visant à améliorer les conditions de travail;
  • éliminant les établissements de soins de longue durée à but lucratif et en faisant la transition vers des établissements communautaires, de propriété publique ou sans but lucratif;
  • faisant en sorte que l’exploitant de soins de longue durée Revera, qui appartient actuellement à l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public, soit placé sous la propriété et la surveillance de l’État;
  • établissant des lois qui soutiennent le système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants du Canada au-delà de la période de cinq ans et en mettant du financement à la disposition des provinces et des territoires;
  • veillant à ce que tous les programmes publics créent de bons emplois sécuritaires et syndiqués pour les Canadiennes et les Canadiens.

Contexte

  • Un régime public et universel d’assurance-médicaments pourrait permettre aux Canadiens d’économiser jusqu’à 11 milliards de dollars par année.
  • À l’heure actuelle, un ménage canadien sur quatre n’a pas les moyens de payer ses médicaments.
  • Parmi les provinces et les territoires du Canada, l’Ontario est la seule province qui s’est engagée à respecter une norme minimale de soins quotidiens (4 heures de soins directs par jour) et qui a pris des mesures à cet égard, même si cette norme n’est pas établie dans la loi.
  • Avant la période électorale, le gouvernement fédéral a signé des ententes bilatérales avec huit provinces et territoires – Colombie-Britannique, Nouvelle-Écosse, Yukon, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, Québec, Manitoba et Saskatchewan – en vue de mettre en place un système d’apprentissage et de services de garde des jeunes enfants dans l’ensemble du Canada.
  • Entre 1998 et 2014, la participation au marché du travail des femmes du Québec ayant de jeunes enfants est passée de 66 % à près de 80 %, en grande partie grâce au programme provincial de services de garde à l’enfance.

Le Canada est le seul pays développé doté d’un système de soins de santé universel qui n’a pas mis en place un régime universel d’assurance-médicaments. Par conséquent, un ménage canadien sur quatre n’a pas les moyens de payer ses médicaments, ce qui est mauvais pour la santé du pays. La pandémie n’a fait qu’aggraver ce problème, car bon nombre de ceux et celles qui sont sans emploi et qui ont du mal à trouver un emploi stable à temps plein n’ont pas d’assurance-médicaments. Le Canada compte une mosaïque de régimes et de programmes d’assurance-médicaments, ce qui crée une couverture d’assurance inégale.

Un régime d’assurance-médicaments public et universel permettrait aux Canadiens d’économiser plus de 11 milliards de dollars par année en frais de médicaments sur ordonnance. Les familles n’auraient pas à payer de leur poche leurs médicaments, tandis que les employeurs n’auraient pas à payer pour des régimes d’assurance privés. Le Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime d’assurance-médicaments national du Canada a publié son rapport final en juin 2019, demandant qu’un tel programme couvre les médicaments de la même façon que les services de santé de base sont couverts par l’assurance-maladie. Malheureusement, le gouvernement fédéral ne fait pas grand-chose dans ce dossier important, malgré les promesses faites de le mettre en œuvre.

Les difficultés des bénéficiaires dans les établissements de soins de longue durée et les défis auxquels font face les travailleuses et travailleurs de ces établissements ont été bien documentées depuis le début de la pandémie. Des milliers de familles pleurent encore la perte de leurs êtres chers qui ont contracté le virus dans ces établissements. Ces travailleuses et travailleurs, qui sont surtout des femmes, figurent parmi les plus exposés à la COVID-19 en milieu de travail.

Le travail effectué par les travailleuses et travailleurs dans les établissements de soins de longue durée est exigeant sur les plans physique et émotionnel, de plus en plus dangereux en raison des faibles niveaux de dotation et mal rémunéré. En plus de donner lieu à un nombre disproportionné de cas de COVID-19 et de décès liés au coronavirus, dans un système qui continue de causer de l’épuisement chez les travailleuses et travailleurs, la pandémie a révélé des défaillances dans le financement gouvernemental et la rémunération des effectifs, et mis en évidence les effets troublants des exploitants à but lucratif sur la qualité des soins dans le secteur.

Les personnes âgées et tous les bénéficiaires de soins de longue durée méritent de vivre dans la dignité et de recevoir des soins adéquats. Le système de soins de longue durée du Canada, responsable de la prestation de ces soins, est un segment important du secteur des soins de santé. Le gouvernement fédéral doit prendre des mesures concrètes pour établir des normes minimales de soins, éliminer les établissements à but lucratif et fournir un financement substantiel aux provinces et aux territoires pour soutenir ces mesures.

Dans le budget de 2021, le gouvernement fédéral a pris l’engagement historique de créer un réseau national de services de garde d’enfants doté d’un financement de 30 milliards de dollars sur cinq ans. Il s’agissait d’une étape importante vers l’établissement de programmes d’apprentissage et de services de garde des jeunes enfants de qualité, accessibles, abordables et inclusifs – inspirés par le programme de services de garde, novateur et abordable, lancé au Québec en 1998. Non seulement ce programme contribuera-t-il au développement social des enfants, mais il aidera aussi les parents à occuper un emploi rémunéré ou à poursuivre des études, en plus d’investir dans la main-d’œuvre des services de garde.

L’été dernier, des ententes de financement ont été conclues avec la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse, le Yukon, l’Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, le Québec, le Manitoba et la Saskatchewan. Ces ententes permettront de réduire les frais des services de garde de 50 % dans les places réglementées pour les enfants de moins de six ans d’ici 2022, tout en abaissant les frais moyens des parents à 10 $ par jour d’ici cinq ans.

Les ententes portent également sur la rémunération et la formation des éducatrices et éducateurs en garderie, l’augmentation du nombre de places dans les services de garde publics et sans but lucratif et la mise en place d’un accès spécial pour les groupes vulnérables. En plus de signer des ententes avec les autres provinces et territoires, le prochain gouvernement du Canada doit légiférer pour que le financement se poursuive au-delà de la période de cinq ans, afin de mettre en place système de garde d’enfants véritablement national.

Ces programmes emploieront des milliers de personnes qui méritent dignité et respect au travail. En plus d’assurer un service de qualité aux Canadiens, le gouvernement doit garantir des possibilités d’emploi de grande qualité pour les travailleuses et travailleurs du secteur, notamment des salaires décents, des pratiques d’établissement des horaires équitables et d’excellents avantages sociaux en milieu de travail.