Les meurtres et les agressions très médiatisés perpétrés récemment par des policiers contre des personnes noires, autochtones et de couleur, le terrorisme anti-islamique et l’horrible découverte confirmée de restes d’enfants autochtones retrouvés dans des tombes anonymes sur les terrains d’anciens pensionnats ont tous intensifié les demandes en faveur d’une réconciliation et d’une justice raciale véritables au Canada.

De plus, en raison des répercussions inégales de la pandémie de COVID-19 sur les Autochtones et les personnes racialisées, de plus en plus de demandes sont déposées auprès du gouvernement pour qu’il intervienne dans le but de remédier aux inégalités en matière d’emploi, de logement, de soins de santé, de justice pénale et de sécurité du revenu. La montée dans le monde du nationalisme politique de droite a également entraîné une augmentation des crimes haineux violents, des propos haineux en ligne et des groupes extrémistes organisés.

Vision d’Unifor

Unifor reconnaît que la justice économique est impossible sans une réconciliation et une justice raciale véritables.

Lorsque les travailleuses et travailleurs se divisent selon des critères raciaux, leur pouvoir et l’ensemble du mouvement syndical s’en trouvent affaiblis, tout en profitant aux intérêts des employeurs et de ceux qui possèdent la richesse et le pouvoir. Pour instaurer la justice raciale, il faut que toutes les institutions et organisations mettent en œuvre des programmes et des politiques visant à éliminer le racisme et la discrimination systémiques, et à promouvoir la lutte contre le racisme et l’équité dans nos collectivités et nos milieux de travail. Tous les travailleurs et travailleuses doivent être solidaires des peuples autochtones, qui continuent de lutter pour défendre leurs droits à leurs terres, à leurs cultures, à leurs modes de vie traditionnels et à l’autodétermination.

Unifor demande au prochain gouvernement fédéral de prendre des mesures concrètes et efficaces en matière de réconciliation et de justice raciale, dont les suivantes.

  • Agir pour la vérité et la réconciliation en mettant pleinement en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA).
  • Donner suite aux 231 appels à la justice lancés par l’Enquête nationale sur les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées.
  • Mettre pleinement en œuvre les 94 appels à l’action lancés par la Commission de vérité et de réconciliation en 2015.
  • Prendre des mesures immédiates dans les 100 premiers jours de séance du Parlement pour mettre fin aux avis d’ébullition de l’eau dans toutes les communautés autochtones et veiller à ce que toutes les communautés autochtones aient accès à de l’eau potable salubre.
  • Ordonner à tous les ministères, organismes et commissions fédéraux de recueillir des données fondées sur la race et de rendre publiques les données désagrégées.
  • Fournir des ressources supplémentaires pour appuyer la Stratégie canadienne de lutte contre le racisme et le Secrétariat antiracisme, tout en augmentant le financement accordé aux groupes et aux organismes communautaires qui luttent directement contre le racisme au sein de leurs communautés.
  • Canaliser les ressources et renforcer les mesures législatives et l’application de la loi de façon à inverser la montée des groupes suprémacistes blancs, y compris la propagation de la haine en ligne.

Contexte

  • Au Canada, les crimes haineux commis contre les personnes noires, autochtones et de couleur ont augmenté de 37 % en 2020. Les plus fortes augmentations ont été enregistrées en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta.
  • Selon un rapport publié en février 2021 par la vérificatrice générale, 43 % des réseaux d’aqueduc dans les collectivités autochtones présentent encore un risque allant de moyen à élevé de ne pas être en mesure de fournir de l’eau potable, ce qui es peut-être déjà le cas en ce moment.
  • Représentant 21 % de la main-d’œuvre du Canada, les travailleuses et travailleurs racialisés sont surreprésentés dans de nombreux secteurs à faible revenu, comme la vente au détail, les magasins d’alimentation, l’entreposage et la fabrication de produits alimentaires.
  • En 2020, le taux de chômage des travailleuses et travailleurs autochtones était de 14,2 %, comparativement à 9,4 % pour la main-d’œuvre non autochtone.

Les inégalités dont font l’objet les personnes autochtones, noires et racialisées sont exacerbées par la pandémie de COVID-19. Le racisme et la discrimination systémiques entraînent des inégalités en matière d’emploi, de santé, de sécurité du revenu et de logement, ce qui se traduit par une baisse de la qualité de vie et du niveau de vie.

À mesure que le virus se propageait et que les entreprises étaient forcées de fermer, les travailleuses et travailleurs autochtones et racialisés affichaient des taux de pertes d’emploi plus élevés. Les travailleuses et travailleurs de première ligne qui continuaient de travailler dans des secteurs essentiels, comme les soins de santé, le transport, l’entreposage, la logistique et la vente au détail, étaient plus susceptibles de contracter la maladie parce qu’ils travaillaient dans des endroits clos, étaient fréquemment en contact avec le public et avaient moins accès aux équipements de protection individuelle appropriés. Dans les grands centres urbains comme Toronto, Ottawa, Vancouver et leurs environs, les taux d’infection étaient 1,5 fois plus élevés dans les communautés racialisées que dans les communautés non racialisées.

En raison des lacunes dans l’intervention et le soutien du gouvernement, les leaders des communautés noires, autochtones et racialisées ont joué un rôle essentiel pour faire tomber les obstacles, empêcher la propagation du virus et encourager leurs membres à se faire vacciner. En fait, en juillet, les adultes autochtones affichaient les taux de vaccination les plus élevés du pays, surtout chez les jeunes adultes et les adultes d’âge moyen.

Les défenseurs de la santé publique ont dénoncé le manque de données fondées sur la race à tous les ordres de gouvernement, attirant l’attention sur le fait que la pandémie touchait de manière disproportionnée les personnes autochtones et racialisées. Des efforts notables, notamment de la part des responsables fédéraux de la collecte de données et des leaders communautaires, ont certainement été utiles pendant la pandémie. Cependant, en raison du manque général de données fondées sur la race, il est impossible d’évaluer avec exactitude la qualité de vie des groupes racialisés en fonction de facteurs tels que le sexe, la classe sociale et le statut d’immigrant.

La pandémie et le ralentissement économique qui a suivi ont également entraîné une augmentation du racisme et des crimes haineux, en particulier à l’encontre des personnes originaires de l’Asie de l’Est. Les signalements d’agressions violentes, tant verbales que physiques, sont devenus monnaie courante. Une grande partie de ces agressions est due à l’augmentation des propos haineux en ligne et à la présence accrue de groupes extrémistes organisés sur Internet.

Outre les effets de la pandémie, le meurtre en 2020 de George Floyd aux mains de policiers américains a déclenché des manifestations mondiales pour la justice raciale. Les manifestants réclamaient des mesures plus strictes pour lutter contre la brutalité policière et le racisme institutionnalisé. Ils ont forcé toutes les organisations à examiner si les politiques de lutte contre le racisme et les politiques en faveur de l’équité permettaient d’éliminer efficacement les obstacles à une pleine participation sociale et économique, et comment elles le faisaient.

La mort de Joyce Echaquan a mis en lumière la terrifiante vérité du racisme systémique dans le domaine des soins de santé, et le pays continue de faire face à son passé colonialiste après la découverte confirmée de milliers de tombes anonymes sur les sites d’anciens pensionnats autochtones, contenant principalement des restes d’enfants.

Dans tout le Canada, les communautés autochtones et leurs alliés ont multiplié les appels auprès du gouvernement fédéral pour qu’il prenne des mesures concrètes en faveur de la vérité et de la réconciliation, en mettant pleinement en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA). Cette déclaration comprend l’amélioration des conditions sociales et économiques des peuples et des communautés autochtones, notamment en assurant le financement immédiat nécessaire à la construction d’infrastructures d’eau potable dans les communautés qui en ont été privées, en respectant les traités et les droits territoriaux, en protégeant les cultures autochtones et en améliorant l’accès à de bonnes possibilités d’emploi pour les travailleuses et travailleurs autochtones, ainsi que pour les jeunes autochtones.