Malgré les tentatives constantes visant à diminuer le pouvoir des travailleuses et travailleurs, les syndicats continuent de revendiquer et de défendre les emplois sur lesquels les travailleuses et travailleurs peuvent compter – des emplois qui favorisent leur santé et leur sécurité, leur offrent des salaires décents, une retraite à l’abri du besoin, des horaires de travail stables, des formations axées sur les compétences, le développement personnel et une bonne qualité de vie.

Les bons emplois sont la pierre angulaire d'une économie équitable et résiliente, une économie qui peut mieux s'adapter au changement et résister à des crises sans précédent. Cependant, les bons emplois ne sont pas une valeur sûre. Ils n'arrivent pas par hasard. Les travailleuses et travailleurs négocient et se battent pour les obtenir, et les syndicats jouent un rôle essentiel dans ce travail, trop souvent face à des lois du travail injustes, à l'obstruction et à des tactiques bien financées visant à réduire leur efficacité.

Vision d’Unifor

Tous les travailleurs et travailleuses au Canada ont droit à de bons emplois syndiqués. Pour atteindre cet objectif, tous les travailleurs et travailleuses doivent avoir la capacité de se syndiquer et de négocier collectivement. Cela commence par des lois du travail équitables qui protègent les droits des travailleuses et travailleurs. Les gouvernements doivent adopter et appliquer des lois qui garantissent des règles du jeu équitables afin que les travailleuses et travailleurs puissent négocier de meilleures conditions de travail et plus sécuritaires. La participation des travailleuses et travailleurs en politique, par l'intermédiaire des syndicats, est un élément essentiel de la démocratie canadienne. Elle leur permet de participer à la relance économique du pays. Le gouvernement fédéral doit assurer la stabilité et l'équité pour les travailleuses et travailleurs dans la relance post-pandémique. Dans cette perspective, il doit reconnaître que les syndicats jouent un rôle clé dans la préservation et la promotion de bonnes conditions de travail, la hausse des salaires, la promotion de l'égalité et la participation des travailleuses et travailleurs à la prospérité économique.

Le prochain gouvernement fédéral devrait :

  • Étendre les droits de négociation collective et les protections sur le lieu de travail à tous les travailleurs et travailleuses, y compris les travailleuses et travailleurs indépendants, les travailleuses et travailleurs à la demande, saisonniers et temporaires, en adoptant le concept de « négociation élargie » dans le secteur fédéral et, si nécessaire, en coordination avec les provinces;
  • Modifier le Code canadien du travail afin de combler les lacunes quant aux droits des travailleuses et travailleurs à la demande et d'interdire aux employeurs de recourir à des briseurs de grève, notamment en cas de lock-out, et mettre en vigueur les modifications relatives à l'égalité de traitement qui interdisent les disparités salariales fondées sur le statut d'emploi;
  • Fournir des ressources suffisantes au commissaire à l'équité salariale et à l'unité d'équité salariale pour assurer une mise en œuvre harmonieuse et efficace de la Loi, y compris la dotation en personnel pour fournir des services de médiation, de conciliation et de résolution alternative des conflits;
  • Soutenir le Groupe de travail sur la révision de la Loi sur l'équité en matière d'emploi en mettant en œuvre en temps opportun des améliorations à la législation et en améliorant l'application de la loi actuelle dans l'intervalle;
  • Veiller à ce que l'argent du gouvernement fédéral soit utilisé dans des contrats avec des employeurs syndiqués qui ont un dossier exemplaire en matière de respect des lois sur le travail et l'emploi, qui paient des salaires décents et dont les entreprises ne font pas de sous-traitance ou de délocalisation.

Contexte

  • Le pourcentage des travailleuses et travailleurs à la demande au Canada est passé de près de 1 million de travailleurs (5,5 %) en 2005 à environ 1,7 million de travailleurs (8,2 %) en 2016;
  • En 2020, près d'un travailleur sur dix seulement issu du commerce de gros, du commerce de détail, de l'hébergement, de la restauration et d'autres services, était syndiqué;
  • Une étude d'Unifor réalisée en 2021 a montré que le recours à des travailleuses et travailleurs de remplacement fait traîner les conflits de travail six fois plus longtemps, en moyenne;
  • Les femmes qui travaillent au Canada gagnent, en moyenne, 69 cents pour chaque dollar gagné par les hommes, si l'on compare les revenus annuels des travailleuses et travailleurs à temps plein et à temps partiel.

La syndicalisation des travailleuses et travailleurs reste le moyen le plus sûr de faire de tout emploi un bon emploi. Tout au long du 20e siècle, les travailleuses et travailleurs se sont regroupés dans les principaux secteurs de l'industrie et des services en formant des syndicats et ont réussi à obtenir des salaires plus élevés, des avantages sociaux et d'autres protections. C'est encore le cas aujourd'hui. 

Bien que le taux de syndicalisation soit stable, à environ 30 % de la main-d'œuvre, les syndicats sont à l'avant-garde de l'amélioration des salaires (notamment en influençant les lois sur le salaire minimum, la santé et la sécurité et l'équité salariale), de la protection des heures de travail, de la promotion de l'équité, de la défense des droits de la personne, et plus encore. Les travailleuses et travailleurs continuent d'atteindre de nouveaux objectifs malgré les attaques incessantes des gouvernements conservateurs et des groupes d'entreprises visant à saper les syndicats et le travail qu'ils accomplissent.

Le Canada est à moins d'une décennie de ce qui a été sans doute l’élan le plus agressif de tout gouvernement fédéral pour démanteler les syndicats dans ce pays, menée par les conservateurs de Stephen Harper. Des vétérans de ce gouvernement, tels que le premier ministre de l'Alberta Jason Kenney, ont mené le même combat dans les provinces – en suggérant que les syndicats, qui ont le devoir de représenter les travailleuses et travailleurs, n'auraient pas leur place dans les affaires politiques du Canada, que cet espace serait réservé aux avocats d'affaires et aux lobbyistes du monde des affaires. Les syndicats, dont Unifor, continuent de riposter.

Même aux États-Unis, pays relativement conservateur, les discussions sur les droits syndicaux évoluent. À tel point que le président Biden plaide activement pour que davantage de travailleuses et travailleurs se syndiquent, notamment par le biais d'une législation renforçant les droits de syndicalisation. Un groupe de travail spécial américain explore de nouveaux modèles de négociation collective, afin d'étendre la couverture syndicale. Le Congrès exige que les fonds destinés aux infrastructures soient alloués aux lieux de travail syndiqués, et propose notamment des remises aux clients qui achètent des voitures électriques fabriquées par des travailleuses et travailleurs syndiqués. Il est clair que de bons emplois syndiqués, sûrs, doivent être pris en compte dans les plans de relance économique, au Canada et à l'étranger. 

Alors que les travailleuses et travailleurs canadiens continuent de s'adapter à une économie axée sur la technologie et au rythme rapide, des tendances inquiétantes s’installent sur le marché du travail. Pour de nombreux travailleurs et travailleuses, les gains de productivité ne se traduisent pas par de meilleurs avantages. Les progrès en matière d'équité salariale ne sont pas assez rapides, car les femmes qui travaillent ne gagnent toujours pas leur juste part. Les emplois précaires, temporaires et à la demande se développent plus rapidement que les emplois permanents à temps plein et le recours croissant à la délocalisation contribue à créer des environnements de travail instables et malsains.

La législation fédérale du travail doit suivre le mouvement. Les efforts déployés récemment pour moderniser le Code canadien du travail ont donné quelques résultats positifs, mais les nombreuses exemptions accordées aux entreprises n'améliorent pas la situation de nombreux travailleurs et travailleuses. Il reste encore beaucoup à faire. Le Code doit aborder les questions de statut des travailleuses et travailleurs à la demande et leur offrir de nouvelles protections pour faire progresser leurs droits, y compris le droit à la négociation collective.

Le Code ne comprend pas non plus de dispositions anti-briseurs de grève significatives, ce qui limite injustement la capacité d'un syndicat à faire progresser les conditions de travail de ses membres. Pour les femmes, les autochtones, les membres de groupes racialisés et les personnes ayant une incapacité, les gouvernements doivent redoubler d'efforts pour s'assurer que les lois sur l'équité salariale et l'équité en matière d'emploi atteignent leurs objectifs sur le lieu de travail.

La pandémie a également mis en évidence la négligence du Canada à l'égard des secteurs manufacturiers essentiels, source traditionnelle de bons emplois syndiqués. La sauvegarde de la capacité industrielle nationale et des emplois bien rémunérés et communautaires qui en découlent doit être étroitement liée à toute stratégie de relance. De même, le Canada devrait tirer parti des investissements dans l'infrastructure et des modèles de financement afin d'offrir davantage aux travailleuses et travailleurs en maximisant l'utilisation des actifs locaux et en favorisant les compagnies syndiquées et celles qui versent des salaires décents.