Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a récemment signalé que la fenêtre pour s'attaquer au changement climatique et prévenir la dévastation de notre environnement se referme. Alors que les Canadiennes et Canadiens de partout au pays subissent les effets d'un climat qui change rapidement, notamment une augmentation des inondations, des feux de forêt et des vagues de chaleur, il n'a jamais été aussi urgent de s'attaquer à la crise climatique.

L'année dernière, le gouvernement fédéral a signalé son engagement continu à réduire les émissions de carbone et à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Toutefois, la voie à suivre pour atteindre ces objectifs reste vague. Les travailleuses et travailleurs sont pris en étau entre les deux, leurs moyens de subsistance semblant de plus en plus incertains à mesure que les industries du pays mettent en œuvre des changements technologiques et opérationnels radicaux pour réduire leurs émissions de carbone.

Vision d’Unifor

Pour protéger les travailleuses et travailleurs du type de restructuration économique nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques du Canada, le gouvernement doit mettre en place des politiques et des programmes clairs pour offrir des protections économiques et sociales aux travailleuses et travailleurs touchés par la transition. Le gouvernement fédéral doit également signaler son engagement à préserver des emplois sécuritaires et de qualité ainsi que la sécurité syndicale à mesure que l'économie se transforme. Enfin, il faudra élaborer des politiques industrielles avant-gardistes qui tracent une voie cohérente vers la décarbonisation de secteurs spécifiques. Ce processus doit impliquer un dialogue social avec les travailleuses et travailleurs et les employeurs afin de déterminer les stratégies les plus efficaces pour mettre en œuvre des technologies propres et générer de nouvelles sources de croissance.

Pour s'attaquer à la crise climatique tout en protégeant les travailleuses et travailleurs canadiens, le nouveau gouvernement fédéral doit:

  • Créer un ministère fédéral de la Transition juste et un Fonds de transition juste, financés en partie par des taxes sur les grands émetteurs industriels, dont le mandat est de soutenir les travailleuses et travailleurs touchés par les déplacements d'emplois liés au climat par le biais d'une meilleure assurance-revenu, d'une transition vers la retraite, d'une indemnité de départ, d'une aide au recyclage et à la réinstallation, et de centres locaux de transition juste;
  • Élaborer et mettre en œuvre une politique industrielle, en orientant les secteurs des ressources vers la production d'énergie propre à l'aide d'intrants neutres en carbone (p. ex. électrification, technologie des piles à combustible, hydrogène vert);
  • Développer la capacité manufacturière du Canada, en alignant les efforts d'attraction des investissements sur un engagement proactif auprès des entreprises à risque, en guidant leur transition vers la décarbonisation et en localisant les compétences et les capacités stratégiques ici, au pays;
  • Créer une commission tripartite permanente sur la transition juste, rattachée au ministère de la Transition juste, qui a pour mandat explicite de poursuivre des objectifs politiques ciblés en matière de transformation industrielle et d'ajustement du marché du travail.

Contexte

  • Le plan fédéral sur le climat de 2020 engage le Canada à réduire ses émissions de 30 % par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2030, et à devenir carboneutre d'ici 2050;
  • Si le Canada veut atteindre ses objectifs pour 2030, l'industrie pétrolière et gazière doit réduire ses émissions de méthane de plus de 45 % au cours des quatre prochaines années;
  • Si le gouvernement fédéral n'intervient pas pour soutenir les travailleuses et travailleurs, des milliers d'emplois seront perdus chaque année dans les industries d'extraction de ressources du Canada, ce qui aura des effets dévastateurs sur les communautés régionales;
  • Les meilleures pratiques suggèrent que les travailleuses et travailleurs doivent contribuer à orienter les politiques de transition juste et les politiques industrielles si l'on veut que l'économie réussisse à passer de bons emplois syndiqués dans des industries à forte intensité de carbone à de bons emplois syndiqués dans l'économie verte.

La récente évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) montre clairement que l'activité humaine a entraîné un réchauffement de la planète de 1,1 °C en moyenne par rapport aux niveaux préindustriels, avec des effets dévastateurs sur l'environnement et les régimes climatiques mondiaux. Si les tendances actuelles se poursuivent, la planète atteindra la barre des 1,5 °C entre 2030 et 2050, soit bien plus tôt que ce que les climatologues avaient prévu. Toutefois, le rapport du GIEC est aussi porteur d'espoir en illustrant un certain nombre de voies que nous pouvons emprunter pour éviter les pires scénarios, si les gouvernements agissent immédiatement.

Pour faire face à la crise climatique, le plan climatique révisé du gouvernement fédéral, publié à la fin de 2020, vise à réduire les émissions de 171 mégatonnes au cours de la prochaine décennie. Sans ces mesures, le Canada manquera probablement ses objectifs de l'Accord de Paris de près de 30 %. Au total, le plan climatique révisé comprend 64 programmes, politiques et investissements nouveaux ou révisés visant à réduire la consommation d'énergie, à décarboniser les principales industries émettrices et à soutenir l'adoption de technologies propres fabriquées au Canada.

Un élément clé absent du nouveau plan climatique est la mention de la nécessité d'une politique industrielle nationale pour aborder la transition vers une économie carboneutre. L'approche fédérale pour soutenir les emplois manufacturiers continue d'être fragmentaire, sans un cadre global pour des industries spécifiques qui tracerait une voie claire vers la fabrication et l'adoption de technologies propres tout au long de la chaîne d'approvisionnement, tout en soutenant la création d'emplois à salaire décent ici au Canada.

Comme Unifor l'a souligné dans sa campagne de 2020 Rebâtir en mieux, le moment est venu d'engager des dépenses ambitieuses et de faire preuve de leadership politique si le gouvernement veut donner un coup de fouet à l'économie post-pandémique en vue d'une croissance économique axée sur l'énergie propre et la carboneutralité.

Cependant, le plus grand faux pas du nouveau plan fédéral sur le climat est peut-être l'absence de tout soutien économique ou social pour les travailleuses et travailleurs déplacés dans le cadre de la transition vers une économie carboneutre. Bien que la soi-disant « transition équitable » soit mentionnée en relation avec la récente suppression progressive des centrales électriques au charbon, le plan n'indique pas comment les conclusions de 2018 du Groupe de travail sur la transition juste pour les travailleuses et travailleurs canadiens de l'industrie du charbon pourraient être mises en œuvre pour soutenir d'autres personnes dont les emplois sont touchés par la décarbonisation.

Le gouvernement fédéral a également annoncé récemment qu'il s'engagerait dans des consultations publiques sur la transition équitable, mais n'a reconnu aucun des principes et recommandations détaillés pour une transition juste énoncés à la fois en Alberta et par le Groupe de travail sur la transition juste. Il est décevant de constater que les consultations visent à déterminer s'il est nécessaire de créer un organisme consultatif sur la transition équitable, plutôt que d'établir un cadre clair pour le dialogue social entre les employeurs et les travailleuses et travailleurs et la participation directe du mouvement syndical au processus d'élaboration des politiques.