La sécurité du revenu signifie qu'une travailleuse ou un travailleur peut répondre à ses besoins fondamentaux, en tout temps. Malheureusement, ce n'est pas le cas pour de nombreuses personnes au Canada. Plus de 18 mois après le début de la pandémie, alors que les taux de vaccination plafonnent et que des restrictions commerciales sont toujours en vigueur dans certaines régions du pays, le chômage reste élevé. 

Au début de la crise économique liée à la COVID-19, les travailleuses et travailleurs ont réclamé des mesures immédiates et le gouvernement canadien a créé (et prolongé) des programmes temporaires d'aide au revenu et des subventions à l'embauche pour stabiliser une économie chancelante. Une série de prestations d'urgence et de relance ont permis de combler les lacunes du régime d'assurance-emploi du Canada, qui était insuffisant. La pandémie a mis en évidence les lacunes du filet de sécurité sociale canadien et la nécessité de le réformer. 

Vision d’Unifor

Un élément clé pour rebâtir en mieux au Canada est de reconstruire le filet de sécurité sociale qui s'érode depuis beaucoup trop longtemps. Les Canadiennes et Canadiens ont besoin d'une série de changements audacieux et complets, notamment des améliorations majeures au régime d'assurance-emploi, la création de nouvelles mesures de sécurité du revenu, y compris dans le cadre des normes d'emploi du Canada, et une stratégie nationale du logement qui s'attaque à la crise croissante de l'abordabilité. 

La sécurité du revenu est un défi pour l'ensemble du pays, mais le gouvernement fédéral doit en être le chef de file. De par leur conception, ces politiques et programmes doivent promouvoir les principes d'universalité, d'accessibilité, d'équité et de justice et protéger les intérêts de tous les travailleurs et travailleuses qui contribuent à l'économie du Canada.

Afin de rebâtir en mieux, le Canada doit créer un système de sécurité du revenu qui protège les travailleuses et travailleurs et améliore l'abordabilité dans tout le pays.  Le prochain gouvernement fédéral devrait :

  • Apporter des changements majeurs au régime d'assurance-emploi du Canada, en suivant les recommandations qu'Unifor propose dans son rapport de 2021, Établir un régime d'assurance-emploi inclusif, équitable et résilient pour les travailleuses et travailleurs du Canada, qui comprend l'élargissement de l'admissibilité à l'assurance-emploi, l'amélioration des prestations et de l'administration;
  • Augmenter l'investissement dans la Stratégie nationale sur le logement, en mettant l'accent sur un financement stable et à long terme pour les logements sans but lucratif, les coopératives et les logements sociaux;
  • Établir une Commission fédérale indépendante sur les bas salaires qui étudie les impacts de la politique sur le salaire minimum et qui fournit au gouvernement des recommandations de politiques fondées sur des preuves pour lutter contre le travail à bas salaire;
  • Modifier les règles de l'initiative de Financement de la construction de logements locatifs qui désavantagent actuellement les constructeurs de logements sans but lucratif;
  • Annoncer une remise de dette pour les étudiants, suivie d'un engagement à collaborer avec les provinces afin d’éliminer les frais de scolarité pour l'enseignement postsecondaire public.

Contexte

  • Avant la pandémie, seulement 40 % des travailleuses et travailleurs sans emploi au Canada recevaient des prestations d'assurance-emploi, en moyenne – presque le même taux de couverture que lorsque le programme a été lancé il y a plus de 80 ans;
  • Une étude d'Emploi et Développement social Canada a révélé que les chômeurs qui ont reçu au moins 4 000 $ en prestations d'assurance-chômage sont beaucoup moins susceptibles de connaître la pauvreté;
  • Avant l'annonce récente du salaire minimum de 15 $, 42 000 travailleuses et travailleurs du secteur privé sous réglementation fédérale au Canada gagnaient le salaire minimum de leur province respective. Environ 68 000 d’entre eux gagnaient moins de 15 $;
  • Le prix de vente moyen des maisons au Canada a augmenté de 26 % entre juin 2020 et juin 2021.

Le chômage a atteint des sommets dans les premiers mois de la crise et n'a pas encore retrouvé son niveau d'avant la pandémie. Avant la pandémie, le Canada était confronté à une crise de l’abordabilité. Les salaires avaient du mal à suivre l'augmentation du coût de la vie. Une pénurie de logements abordables limitait les choix des locataires et des acheteurs. Les frais de scolarité des établissements publics ont grimpé en flèche en quelques décennies seulement. Avant la crise, 3,7 millions de personnes au Canada vivaient sous le seuil de pauvreté – un fait inacceptable pour un pays aussi prospère que le Canada.

Des décennies de stagnation des salaires ont miné la capacité des travailleuses et travailleurs, et surtout ceux à faible revenu, à améliorer leur niveau de vie. Un meilleur accès aux syndicats peut faire pression sur les employeurs pour qu'ils versent des salaires décents. Les gouvernements peuvent également agir sur les salaires. À l'heure actuelle, la Colombie-Britannique, l'Alberta et le Nunavut sont les trois seuls endroits au Canada à garantir un salaire minimum de 15 $ l'heure pour la majorité des travailleuses et travailleurs. Cette année, le gouvernement fédéral a suivi le mouvement en introduisant un salaire minimum de 15 $ pour les travailleuses et travailleurs des secteurs sous réglementation fédérale, qui entrera en vigueur à la fin du mois de décembre 2021. Il s'agit d'une bonne nouvelle, mais cette augmentation était attendue depuis longtemps, et elle est encore loin d’être suffisante. Au Québec, par exemple, les travailleuses et travailleurs demandent actuellement un salaire minimum de 18 $ l’heure, ce qui se rapproche davantage d’un salaire décent.

Alors que les syndicats se battent à la table de négociation pour obtenir des augmentations de salaire égales ou supérieures au taux d'inflation, pour de nombreux membres, leurs frais de logement – le principal élément de leur coût de la vie – augmentent à un rythme beaucoup plus rapide. En réponse à une crise nationale du logement, le gouvernement fédéral a lancé en 2017 une Stratégie nationale sur le logement. Cet ambitieux programme décennal de 70 milliards de dollars signifie, entre autres, stimuler l'offre de nouveaux logements et améliorer les logements abordables. Après trois ans d'existence, la Stratégie nationale sur le logement a donné des résultats mitigés. Deux des principaux programmes d'investissement de la Stratégie ont dépensé moins de la moitié des fonds qui leur étaient réservés. Pire encore, bon nombre des accords d'exploitation provinciaux ont pris fin, ce qui a entraîné une réduction importante de la construction de logements communautaires.

Au milieu de cette crise, le principal régime de stabilisation du revenu du Canada, l'assurance-emploi, n'a pas été à la hauteur. Des nombres sans précédent de demandes ont afflué dans les bureaux de Service Canada, créant des arriérés importants. Les critères d'admissibilité trop restrictifs de l'assurance-emploi, les faibles taux de prestations et les lacunes importantes dans la couverture des travailleuses et travailleurs ne pouvaient tout simplement pas servir d’instrument pour maintenir à flot les travailleuses et travailleurs sans emploi. Par conséquent, le gouvernement canadien a été contraint de créer de nouvelles prestations temporaires, dont la prestation canadienne d'urgence (PCU), pour aider les travailleuses et travailleurs à payer leurs factures.

Les changements apportés à l'assurance-emploi à l'automne 2020 ont contribué à améliorer l'accès, de manière significative en permettant aux travailleuses et travailleurs de faire la transition pendant que la PCU arrivait à sa fin. Ces mesures sont les bienvenues, mais restent temporaires. Unifor fait activement campagne pour des réformes importantes de l'assurance-emploi afin de bâtir un régime plus fort et plus résilient. Le prochain gouvernement fédéral doit donner la priorité à des solutions permanentes en matière d'assurance-emploi qui améliorent l'accès des travailleuses et travailleurs aujourd'hui et à l'avenir.