Bien que le message populiste de Doug Ford semble trouver écho parmi un important segment de l’électorat, dont bon nombre se sentent pris entre la croissance stagnante des salaires et la hausse du coût de la vie, nous avons quelques questions pour ceux qui croient que le parti de Doug Ford ferait un bon gouvernement.

D’abord, comment Doug Ford réussirait-il simultanément à réduire les impôts et à équilibrer le budget sans réduire les services?

Il est presque impossible de répondre à cette question puisqu’il n’a pas encore diffusé une plateforme chiffrée en détail. Bien qu’il se vante continuellement d’être un gestionnaire financier responsable, il devra faire de la magie fiscale pour assurer cet équilibre.

Le gouvernement Ford promet d'éliminer le programme de plafonnement et d’échange, renonçant à 1,9 milliard de dollars de revenus annuellement. Doug Ford promet également d’éliminer l’impôt provincial sur le revenu pour les travailleuses et travailleurs touchant le salaire minimum tout en leur refusant une hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure en 2019, ce qui priverait l’Ontario de quelque 500 millions de dollars.

Globalement, il devra réduire les dépenses de quelque 45 milliards de dollars sur 3 ans pour équilibrer le budget. Comment y parviendra-t-il?  

Selon ses dires, il y parviendra par des « gains d’efficacité » et une « réduction du gaspillage », mais ce n’est pas un plan sérieux : c’est un slogan politique. La seule façon pour lui d’équilibrer le budget consiste à réduire les dépenses de manière considérable, atteignant peut-être une baisse de 10 % par année, qui au bout du compte nuira à nous tous.

Nous sommes en droit de nous demander quels services publics Doug Ford coupera et quel sera l’impact à long terme.

La deuxième question que les électeurs doivent se poser est la suivante : comment le gouvernement Ford gérera-t-il la crise climatique internationale?

Après des années de promesses brisées et d’inaction en matière de climat, le Canada semble enfin en position d’agir en ce qui concerne notre environnement. De nombreuses provinces, dont l’Ontario, ont déjà fixé un prix pour la pollution causée par le carbone, en partie parce que cette façon de faire fonctionne bien dans des provinces comme la Colombie-Britannique, laquelle dispose d’une taxe sur le carbone depuis une décennie.

Pourtant, Doug Ford a promis de mettre fin au programme de plafonnement et d’échange de l’Ontario, ce qui serait catastrophique pour notre politique climatique.

La dernière question à se poser est la suivante : Doug Ford a-t-il l’expérience politique et, surtout, les vertus de caractère pour gouverner les 14 millions de résidents de l’Ontario? Certains répondront par l’affirmative en raison de son expérience des affaires. N’oublions pas qu'il a hérité de l’entreprise familiale, ce qui ne démontre pas qu’il a les compétences financières nécessaires pour gérer une économie de 800 millions de dollars.

Son expérience politique peut entrer sur un papillon adhésif, ce qui ne présage rien de bon pour notre province. Il a rempli un mandat à titre de conseiller municipal à Toronto, un mandat imprégné de scandales.

À notre avis, Doug Ford prend exemple sur le président Trump.

Les deux ont hérité de la fortune familiale et se montrent hostiles à l’égard des médias, et aucun des deux ne semble particulièrement s’intéresser aux subtilités de la politique publique ou du processus législatif, des problèmes qui nous préoccupent.

Aux électeurs de Doug Ford : nous compatissons avec votre frustration et partageons vos inquiétudes quant à l’avenir de notre province. Nous vous invitons également à réfléchir à ces questions.

 

Jerry Dias est le président national d’Unifor et Naureen Rizvi est la directrice de la région de l’Ontario d’Unifor. Cet article a initialement été diffusé dans le Toronto Sun le vendredi 11 mai 2018.

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