Par Naureen Rizvi

Les travailleuses et travailleurs en Ontario se sont battus fort et pendant longtemps pour obtenir un salaire minimum de 15 dollars de l’heure, et il n’y a aucune raison de reporter la hausse. Compte tenu des données diffusées depuis la hausse instaurée en janvier 2018, il est clair que l’amélioration des normes pour tous les travailleurs aide notre province.

Peu de temps après que le gouvernement ait déposé le projet de loi 148, les Ontariens ont commencé à voir une série de manchettes inquiétantes sur les conséquences négatives du salaire minimum à 15 dollars. Certains critiques avaient prévenu que le pourcentage et la vitesse de la hausse allaient certainement entraîner des pertes d’emploi massives et une inflation hors contrôle.

Ces prévisions apocalyptiques ne se sont pas avérées depuis l’adoption des changements. Les travailleuses et travailleurs savaient que la hausse des normes allait profiter à tous.

Lorsque nous comparons le marché du travail de l’Ontario avec d’autres grandes provinces canadiennes, en nous concentrant sur les segments où les travailleuses et travailleurs au salaire minimum sont surreprésentés, nous constatons que les données sur l’emploi en Ontario ne sont pas en-dessous des autres provinces où le salaire minimum stagne.

Dans les quatre premiers mois de 2018, le nombre total d’emplois a reculé de un pour cent, ce qui correspond aussi à la situation au Québec (un recul de un pour cent aussi) et la moyenne générale au Canada (0,9 pour cent).

Les travailleuses et travailleurs entre 15 et 24 ans en Ontario, qui sont surreprésentés dans les emplois au salaire minimum, ont connu une baisse d’emploi de 4,4 pour cent, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne canadienne (4,1 pour cent), mais sous la moyenne en Colombie-Britannique (6,5 pour cent).

Quant à l’inflation, partout au Canada les prix ont grimpé de 1,9 pour cent au cours des quatre derniers mois. En Ontario, les données sont marginalement plus élevées de 2,1 pour cent.

Ces données ne sont pas un signe de catastrophe. Si la hausse du salaire minimum n’a pas entraîné de pertes d’emplois significatives ou un niveau élevé d’inflation, quel a été le réel impact?

Cette hausse a changé des vies. En Ontario, les gains horaires moyens sont en hausse de huit pour cent dans le secteur du détail et de plus de neuf pour cent dans les services d’hébergement et de restauration. Ces données dépassent de loin celles d’autres provinces.

À l’échelle de l’Ontario, le taux salarial moyen est en hausse de 2,1 pour cent depuis les quatre premiers mois de l’année, ce qui correspond à une hausse 50 pour cent plus élevée que la moyenne canadienne.

Ce qui est spécial avec cette croissance c’est qu’elle combat l’inégalité des revenus. La croissance est concentrée dans la partie inférieure de la distribution des revenus, et elle a en fait augmenté la croissance médiane des salaires. Je ne peux insister suffisamment pour souligner à quel point ceci est rare et important.

Il n’est tout simplement pas juste pour les gens en Ontario d'aller travailler tous les jours et de ne pas pouvoir payer leur loyer ou l’épicerie pour leur famille. Rémunérer tous les travailleurs à un meilleur salaire minimum est la première étape pour s’attaquer à cette inégalité, mais cela ne s'arrête pas là.

Le NPD et les Libéraux se sont engagés à augmenter le salaire minimum à 15 dollars de l’heure tel que le prévoit la loi en janvier 2019.

Andrea Horwath, du NPD, s’est aussi engagée à étendre la hausse du salaire minimum aux serveurs, aux étudiants de moins de 18 ans, aux travailleuses et travailleurs à domicile et à tous les autres qui sont présentement exclus de la hausse et reçoivent même un salaire inférieur.  

De son côté, Doug Ford tente encore de prétendre, comme les entreprises, qu’un salaire plus élevé va nuire à l’économie, et s’est engagé à geler le salaire minimum à 14 dollars de l’heure, privant ainsi des centaines de milliers de travailleuses et travailleurs censés bénéficier d’une hausse salariale. Même conjugué à son régime fiscal, cela pourrait coûter aux travailleuses et travailleurs payés au salaire minimum 800 dollars par année.

Les Ontariennes et Ontariens ont un sérieux choix à faire quant au type de gouvernement qu’ils souhaitent élire le 7 juin. J’espère que les électrices et électeurs vont choisir le parti qui pourra tenir compte des faits et créer une plateforme qui sert les intérêts des travailleuses et travailleurs. Parce qu’il est clair qu’aucune raison ne justifie un gel du salaire minimum.

 

Naureen Rizvi est directrice de la région de l’Ontario d’Unifor

 

 

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