Par Jerry Dias

Doug Ford se cache tout en étant bien en vue.

Craignant de faire face aux vrais médias et de répondre à de vraies questions posées par des journalistes qualifiés qui pourraient contester la validité de ses promesses infondées et irréfléchies, le chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario se cache derrière un reportage de fausses nouvelles fait par son adjointe personnelle.

Dans une série de vidéos ressemblant à s’y méprendre à de véritables entrevues journalistiques produites par l’équipe de campagne du parti en vue des élections provinciales du 7 juin, Ford obtient la couverture médiatique flatteuse et servile qu’il a toujours voulue.

Affichées sur Facebook et sur un site Web, les vidéos commencent presque toutes par Lyndsey Vanstone, l’adjointe exécutive de Ford et ancienne journaliste de radiotélévision, qui contient avec peine son enthousiasme débridé en parlant du plus récent arrêt de la tournée électorale de son patron.

Elle le décrit régulièrement comme le « futur premier ministre Doug Ford » ou simplement « Doug », alors qu’elle couvre de louanges ses promesses d’aider les résidants du Nord de l’Ontario ou de ses futurs investissements en santé mentale, sans jamais lui demander comment il réalisera ces promesses.

Et c’est là, bien sûr, le point essentiel.

Une vraie journaliste demanderait à Ford comment il compte remplir toutes ses promesses de beaux cadeaux à la population tout en réduisant les impôts.

Une vraie journaliste lui demanderait comment il peut promettre dans les coulisses de paver la Ceinture de verdure tout en promettant publiquement de la protéger.

Une vraie journaliste lui demanderait comment il peut déclarer dans l’une des vidéos qu’il apporte son soutien aux parents dont le fils a succombé à une surdose, et dire ailleurs qu’il est « farouchement opposé » à la mise sur pied de sites d’injection supervisés, pourtant reconnus pour sauver des vies.

Le fait est que Doug Ford a peur des vrais journalistes. Il a déjà traité une journaliste du Toronto Star de « salope » et, quand il siégeait au conseil municipal de Toronto, il traitait de « menteurs pathologiques », de « bébés » et de « bande de cons » les membres de la tribune de la presse qui couvre les événements se déroulant à l'hôtel de ville. Ford affiche ouvertement ses vraies couleurs quand les journalistes tentent de faire la lumière sur ses actions et ses propos.

Les nouvelles vidéos truquées mettant Ford en vedette sont apparues sur la scène quelques semaines à peine après l'annonce qu’il ne fournirait pas d’autobus aux représentants des médias qui le suivront pendant sa campagne en vue des élections du 7 juin.   

Tim Abray, ancien journaliste et chargé de cours en sciences politiques à l’Université Queen’s, avait dit à l’époque que Ford essayait de contourner son devoir de rendre des comptes à la presse libre en limitant l’accès à sa campagne.

Ne vous y trompez pas. L’exclusion des reporters vise à contrôler le message et à se cacher sous les couvertures afin de préserver la campagne populiste de Ford, forte sur les grands discours, mais faible en substance. Il me semble que ces vidéos de fausses nouvelles constituent pour Ford une autre étape dans ses tentatives d’éviter de rendre des comptes.

Mais, en fait, de quoi Ford a-t-il peur? N’est-il pas capable de répondre aux vraies questions posées par de vrais journalistes sans recourir aux insultes?

J’accorde beaucoup d’interviews sur une foule de sujets avec des journalistes du monde entier. Les entrevues avec les médias sont rarement faciles, mais toujours gratifiantes. Le but est de dire la vérité et de prendre position pour ce en quoi l’on croit et ce que l’on représente.

Les reporters font simplement leur travail quand ils émettent des doutes sur ce que j'ai dit. J’accueille favorablement ces échanges parce qu’ils aident à faire la lumière sur le sujet en question. Les intérêts du public et des électeurs sont mieux servis quand les journalistes posent des questions difficiles et quand ils creusent un sujet.

Au contraire, la soi-disant journaliste qui ne pose que des questions hyper faciles à Doug Ford sert très mal les intérêts de la population.  

Ford essaie probablement de brosser un bon portrait de lui-même par le biais de ces vidéos, mais on dirait qu’il a peur de faire face aux vraies questions posées par de vrais reporters.

Pour être tout à fait honnête, je dois dire que je trouve que ces vidéos plutôt tristes. Dans chacune d’elles, on voit un homme qui a besoin que les autres le flattent. Ford demande même à ses anciens rivaux de la course à la direction du Parti progressiste-conservateur de sourire devant les caméras et de dire à quel point il est formidable.

C’est pénible à voir.

L’aspect important à ne pas oublier à propos de ces vidéos est leur titre : La Nation Ford en direct. Ce n’est pas « Le Parti progressiste-conservateur en direct » ou « Nouvelles des conservateurs de l’Ontario », mais bien « La Nation Ford en direct ».

Autrement dit, le fier Parti progressiste-conservateur de l’Ontario est devenu la Nation Ford. Oubliez le passé. Oubliez Bill Davis. Oubliez Leslie Frost. Oubliez les Red Tories. Oubliez même Mike Harris (j’aimerais pouvoir l’oublier).

La transformation est totale. C’est maintenant le Parti Doug Ford.

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